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Reprise d’un guide

09 03 2009 |  Publié dans Lectures

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J’ai repris des textes, dont je voulais faire un livre qui aurait été, idéalement, illustré par un ami bédéaste. Plusieurs villes décrites à la manière d’un guide touristique. Je voulais un objet final ressemblant aux guides les plus connus. Je me suis éloigné de ce projet tout en gardant l’idée du guide mais en me concentrant sur le texte, l’imaginaire, le voyage, la ville, tout en relisant Henri Michaux et Italo Calvino. Je peux le dire: je rêve secrètement qu’une de ces villes soit référencée dans une prochaine édition du Dictionnaire des lieux imaginaires d’Alberto Manguel et Giani Guadalupi…
A ce jour, j’ai une quinzaine de textes dont celui-ci.

*

CHREB
Province de Ned Mo
8100 habitants (Chroubins)
3 km²
Ville à éviter

C’est une ville où l’on tombe. Il est impossible d’y marcher dix mètres sans trébucher sur un caillou, un petit animal ou un cadavre. Car à force de tomber, certains meurent. Trop de chutes, alors il y a forcément une dernière chute. Même en faisant attention où vous mettrez les pieds, à toujours regarder par terre, vous heurterez un lampadaire, un pigeon ou quelqu’un faisant comme vous : à ne pas regarder devant soi, on tombe tout autant. Beaucoup sont tombés sur la tête, et trop souvent. Parlez-leur, vous les entendrez peu assurés, les phrases s’enchaîneront difficilement. Ils hésitent, ils trébuchent aussi sur les mots et leur regard finit par se perdre dans le vague, quelque part au loin derrière vous et soudain ils se taisent, partent d’un pas décidé et tombent quelques mètres plus loin. N’allez surtout pas les aider à se relever. Ils ne vous reconnaîtraient déjà plus et d’autre part le prendraient très mal. À Chreb, on vit comme ça : en tombant, et en se relevant seul. Les aider serait les insulter. A Chreb, on tombe parfois de haut, ne marchez pas sur les trottoirs qui bordent les immeubles : du haut des toits peuvent tomber des corps. Aussi, refusez les visites des points de vue. Mieux vaut repartir de votre côté, tomber, repartir, et quitter cette ville où il faut toujours vous dire, avant qu’il ne soit trop tard, que vous n’êtes que de passage.

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