a lu
27 12 2009 | Publié dans Lectures | 2 Commentaires

L’an passĂ©, j’ai fait la liste des livres lus pendant l’annĂ©e. Je l’avais tenu, en partie, comme chaque annĂ©e depuis quelques annĂ©es, Ă mesure de mes lectures et n’eus plus qu’Ă la restituer. Cette annĂ©e, j’ai peu, très peu notĂ©. De mĂ©moire, je me souviens de quoi ? Des livres rĂ©cents ? Des livres forts ?
RĂ©cemment, tout d’abord, vient, avec Trois femmes puissantes, Les taiseux, Vers l’Ouest, trois textes lus le mois passĂ©. Je pense aussi au livre en cours, La vacation, et pas seulement parce qu’il est en cours. ProfĂ©rations sur la viande me revient en mĂ©moire. NDiaye, Ezine, Lepage, Winckler, GlĂĽck. Si j’arrĂŞte mon cerveau et lui ordonne d’arrĂŞter la recherche, ça ne marche pas, d’autres titres remontent. Bergounioux, ses Carnets de notes et la maison rose, la mort de Brune. Je constate qu’aucun des cinq premiers titres citĂ©s n’a fait l’objet d’une note dans mon blog. Quel est ce paradoxe ? Je croyais Ă©crire une note de lecture dans ce blog quand j’Ă©tais vraiment marquĂ© par un livre, et souhaitais partager cette Ă©motion, signaler qu’un tel livre existe. Il semble que non. J’Ă©cris quand je le peux, comme je le peux. Certains livres, je ne peux pas dire dessus, rien, perds mes mots, voilĂ , trop. Mais ces chroniques, livres qui m’ont marquĂ©s pourtant, et qui ont provoquĂ© l’Ă©criture, les plus importants en ce sens. Suivre le « tag » Lectures pour ça.
Le début du roman de Jean-Louis Ezine, Les taiseux:
Je ne me suis pas toujours appelé du nom que je porte, et c’est comme si j’avais vécu une autre fois. C’est comme si j’avais été un autre. Mais de cet autre, je n’ai aucun souvenir. Rien qui puisse se dire tel, plutôt les ombres floues des réminiscences où s’évanouissent, aux limites de la mémoire, les ultimes rayons d’un monde éteint. J’étais trop jeune pour les souvenirs, quand j’ai cessé d’être lui. Et cependant il a toujours occupé ma pensée, toute ma pensée. Il ne m’arrive rien d’important, ou de misérable, ou de triste ou d’heureux que je n’aie le sentiment étrange de recevoir par délégation. Nous sommes pourtant très différents, lui et moi. Pour commencer, lui avait un père, tandis que moi, je n’ai eu que le manque. Tout, depuis toujours, a gravité autour de ce trou noir.
Je me heurte tous les jours au fantĂ´me de celui que je fus quand je portais un autre nom.
Les taiseux, sur bibliosurf, je voulais une version numĂ©rique mais elle n’existe pas (encore ?).
Dans La vacation de Winckler, un passage m’a fait penser Ă ce que l’auteur fait en ce moment sur son blog: proposer un exercice sur « le dĂ©sir d’Ă©crire » Ă des invitĂ©s. J’ai trouvĂ© ça naturel, essentiel, de lire le processus d’Ă©crire dans ce texte (dans tout texte ?)
En notant Ă la va-vite, sans ordre ni calcul, tu ignorais qu’il te faudrait plus tard replonger dans tout ce fatras poussiĂ©reux.
Tu n’imaginais pas que, sous l’effet d’une pulsion aussi inattendue qu’indĂ©finissable, tu rouvrirais le dossier pour en sortir une Ă une les feuilles volantes, tu tirerais les cahiers de l’Ă©tagère, tu réécouterais avec Ă©tonnement les bandes rangĂ©es dans un tiroir.
Une fois encore, le temps t’a fait parcourir un chemin imprĂ©visible.
Et juste après ce passage, un autre qui m’a fait penser Ă une autre de mes lectures du moment, dans certaines notes de Kuffer sur son blog
Celles qui n’arrĂŞtent pas de pleurer
Celles qui parlent sans arrĂŞt, devisent gaiement avec A. ou l’Agente pendant que la machine gronde
Celles qui restent placides, boursouflées, molasses
Celles qui crânent en entrant et puis sautent et gigotent et tentent de fuir au premier contact
Celles qui hurlent pendant (les bras qui tombent, la sueur froide, le sentiment d’Ă©puisement absolu lorsque l’une d’entre elles se met Ă hurler ; les mots plus vifs, alors, de A. : Nous ne pouvons pas continuer si vous criez, Madame. La serviette qu’elle leur tend et dans laquelle et leur demande de mordre) et plaisantent, après…
Le lavage des mains
Les paroles de justifications, de haine, d’excuse, de peur
Celles qui ne comprennent rien. Ou font comme si
Celles qui laissent quelqu’un d’autre parler Ă leur place
Celles qui ne laissent pas leur compagnon en placer une
Celles qui sont belles
Je n’ai rien Ă©crit sur Vers l’Ouest, j’ai quelque chose sur ProfĂ©rations, oĂą est-ce ? Il faudrait que je retrouve, réécrive, fasse quelque chose avec.
Et puis d’autres lectures, et des questions. Car je demande aujourd’hui, Ă refaire ce compte (pourquoi compter, lister ?) des livres lus, jusqu’Ă quel point je suis spectateur de ma lecture, ce que cela pourrait vouloir dire.







2 commentaires ↓
Et pour ma part souvenir de l’annĂ©e : dĂ©couverte (tardive mais nĂ©anmoins intense et sĂ»rement dĂ©cisive) de Handke (Lent Retour, L’angoisse du gardien de but, notamment), Le Jardin des Plantes de Simon, La multicolore Dissolution de Roubaud, quelques Bon (voyage au Hilton et dans le Tumulte), 2 ou 3 Gracq, Jeannet et sa Lumière naturelle, le dĂ©routant Mardi Ă Monoprix de Darley et forcĂ©ment … Butor. Et aussi excursions au pays des blogs, le votre cher J., http://journaledarley.blogspot.com/, http://lhommesansreseaux.hautetfort.com/, http://yzabel2046.blogspot.com/,
http://norwitch.wordpress.com/,
http://rvjeanney.wordpress.com/,
pour n’en citer que quelques uns…
[...] balzacien me rappelle Le Mardi Ă Monoprix d’Emmanuel Darley, et « quelques Bon », pas les [...]
Laissez un commentaire