Ce mot de carnet
21 02 2010 | Publié dans Ratures
Comprendre à nouveau, à contretemps, l’importance de ce mot carnet, de cette écriture qui n’est que geste. Ecrire au stylobille noir dans des pages lignées, écrire le plus lentement possible une entièreté de mots suivie d’une autre, et ainsi de suite, simplement, mon buste penché sur le carnet posé sur une table, ma tête pesante au bout tombant au-dessus du tracé manuscrit. Le stylo déverse son encre, qui est curieusement aussitôt figée sur le papier, je ne m’y attends pas car en moi rien n’est sec, comment ces mots pourraient-ils être figés ? Pourtant ils le sont, sauf si je rature, ce qui apporte une eau nouvelle à la page et ralentit encore ma pensée, ou ce que j’imagine être une pensée d’écriture là où il n’y a que le geste, saisissant cette pensée à l’encre sur papier, dans le calme ou la fureur ne pas changer ce rythme, prendre le temps d’extraire d’un fouillis de mots qui surnage surface de conscience, ne pas se sentir pris de vitesse par les mots qui s’encombrent dans la main, dans le stylo, dans l’encre ; ratures, fautes, lapsus, et jouer de ça aussi, au débord, jouer vite, jouer lent, jouer mélanger, pour ne plus jouer.
Le carnet peut être clavier. Quand, n’ayant pas mon carnet à portée de main, ou ne voulant pas l’utiliser, au travail par exemple, et qu’une idée surgit, je ne peux laisser passer la journée, ou la demi-journée, parfois même la minute, la connexion permanente me permet de l’écrire dans un brouillon de mail Yahoo, ou de m’envoyer un mail. Je crois avoir déjà écrit sur le clavier (quelque part dans ces archives pdf) ; est-ce pour cette raison que j’ai dû reprendre ce deuxième paragraphe trois ou quatre fois pour, à chaque version, en tirer de moins en moins ? Ou est-ce par ce que je l’écris au clavier et qu’il me faudrait y réfléchir au stylo ? Ou encore parce que cette façon est trop récente, ou au contraire trop intégrée à mon écriture ?
Comment ralentir l’écriture clavier ? Je ne peux ralentir la vitesse d’affichage des caractères. Il me faut taper syntagme par syntagme, ou mot à mot, peut-être syllabe par syllabe, observer ce qui alors se passe.
Je m’épuise à tenter de cerner ce que peut recouvrir le mystère de l’écriture, alors qu’écrire, en soi, est déjà suffisant pour s’épuiser à cerner ce qui s’échappe par ailleurs.


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