Ferroviaires et En voiture
26 10 2009 | Publié dans Lectures | 4 Commentaires

Ferroviaires de Sereine Berlottier, un trajet quotidien Paris/Saint-Quentin en Yvelines. En route pour le travail, et retour. Trajets décrits, ce que l’on voit du train, dans le train, entrecoupés de pensées sur le travail, et ce qui se passe, et ce pot de départ à venir, dernier Saint-Quentin/Paris car, oui, on en reviendra, les allers-retours se termineront forcément sur un retour.
imagine
et maintenant
odeur caoutchouc et on roule
la bouche papier mâché mollement
reconnaître
les quais, les panneaux, malgré l’écrasante lumière, reconnaître
on est où demande l’enfant
l’impatience
avalerait le paysage en entier
rejeté en arrière
reconnaître
l’immeuble beige et les graffitis à chaque palier de l’escalier extérieur, le craquement des cailloux broyés sous les rails, le claquement sec des strapontins redressés et l’enfant qui tape ses semelles sur le sol
Et puis comment, pour moi, parler de ce livre, puisque, par anticipation, je lui rends hommage depuis plusieurs mois ? Lire aussi Paysage Fer, de François Bon, que j’évoquais ici. Dans Ferroviaires, le regard est plus tourné vers l’intérieur du train, les gens qui l’empruntent, les bruits dans la voiture, et puis des aller-retours continuels avec le dehors par la vitre, la tête est mobile, vraiment l’impression d’être assis dans ce RER du matin, du soir. Et plus encore puisque les pensées s’envolent parfois, dans l’imagination, le rêve, les pensées, les doutes.
Elle arrivait, et c’était un nouveau métier, une autre vie, elle travaillait dans le train chaque jour, elle emportait le grand cahier à carreaux, à spirales, elle notait les choses du jour à savoir, les choses à faire, à demander, à comprendre, l’organisation, les projets, le passé, l’avenir, les gens, leur nom, leur histoire du métier, et ce qui n’était pas écrit n’était pas appris, ce qui n’était pas écrit s’était perdu en chemin sans doute.
C’est aussi en voiture que ça se passe, en automobile devrait-on dire mais, non, c’est bien l’ancien terme de voiture qui est resté, le même qui désignait celle tirée par des chevaux, puis celle du train, dans laquelle on monte, voiture 16 place 34. Page 19 déjà la voiture permet à François Bon d’évoquer l’ordinateur, le dynamisme que c’est de parcourir autrement l’espace, l’importance prise dans « les outils de narration ». Pour lire En ordinateur, pas besoin d’attendre sa parution, il suffit de mettre un pied dans le réseau.
Concernant la voiture, la route, le sujet me touche de près, j’ai un texte depuis longtemps en cours, en tiroir, en brouillon, dans lequel une voiture, la route… et pour moi la question : que faire de ce texte ? Je le sais faible, quelque chose manque, un moteur qui le pousse sur une route. La voiture y joue un rôle, la route aussi, mais ces rôles, il me faut les travailler plus, les rendre principaux, quitte à oublier les autres personnages peut-être ?

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ça me parle comme je tourne autour moi aussi. Dérive, trajets, routes, sentiers. Dans ‘paysage fer’ et dans ‘autoroute’ de F. Bon, dans ‘contact’ de Cécile Portier, dans le ‘livre Blanc’ de Philippe Vasset, dans ‘Paterson’ de W.C. Williams, ‘la route’ de Kerouac, ‘la mancha’ de A. Maïsetti et d’autres encore. Moi aussi un petit texte dont je ne sais pas quoi faire, qui flotte en lui même qui parle de route, qui voudrait être route dans cette tension et cette indétermination, ce suspend. Pourquoi cette obsession? Qu’est-ce qu’il s’y joue?
La route, le trajet. La nuit, la route que les phares dessinent à mesure que j’avance, sans jamais voir plus loin que ce qui est déjà roulé le temps d’y penser, comme une écriture en cours. Avancer vers un néant noir, sur une route qui se déroule, avec juste l’immédiat d’éclairé (mais le bitume reste noir, l’éclairage est illusion) est-ce moi qui tourne le volant et la route se dessine là où je vais ? Ou alors la route est-elle déjà écrite et il me faut, à tâtons des phares, comme assembler mot à mot le bitume, rouler ?
D’autres trajets, oui, Cécile Portier :
http://petiteracine.over-blog.com/article-domaine-de-la-lutte–38072937.html
et Philippe Annocque, avec ici un extrait de La Grande Filature de Danielle Auby (que je ne connais pas, mais l’extrait donne envie d’en lire plus !) :
http://hublots.over-blog.com/article-reseau-roman-38614749.html
[...] Bon », pas les mêmes que ceux que j’ai lu cette année: Prison, Paysage Fer, En voiture, Sortie d’usine, ses fictions québécoises dont j’ai oublié le titre. Ces voyages me [...]
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