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	<title>Journal Écrit &#187; liberté d&#8217;expression</title>
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		<title>De ce qui est monstrueux</title>
		<link>http://www.joachimsene.fr/journalecrit/de-ce-qui-est-monstrueux/</link>
		<comments>http://www.joachimsene.fr/journalecrit/de-ce-qui-est-monstrueux/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 10 Nov 2009 22:25:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ratures]]></category>
		<category><![CDATA[censure]]></category>
		<category><![CDATA[droite]]></category>
		<category><![CDATA[liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Ndiaye]]></category>

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		<description><![CDATA[Eric Raoult rappelle Marie NDiaye à son «devoir de réserve». Monstre 5. un monstre, une chose dont on s&#8217;effraye. 6. par analogie et par transition du physique au moral, personne cruelle, dénaturée, ou remarquable par quelque vice poussé à l&#8217;excès. Monstrueux 4. qui excède en mal tout ce qu’on peut concevoir. 5. qui choque les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.joachimsene.fr/journalecrit/wp-content/uploads/2009/11/thief_and_cctv_edinburg_DSCN3818.jpg" alt="thief_and_cctv_edinburg_DSCN3818" title="thief_and_cctv_edinburg_DSCN3818" width="438" height="292" class="alignnone size-full wp-image-671" /></p>
<p><a href="http://bibliobs.nouvelobs.com/20091109/15794/eric-raoult-rappelle-marie-ndiaye-a-son-devoir-de-reserve">Eric Raoult rappelle Marie NDiaye à son «devoir de réserve»</a>.</p>
<blockquote><p>
<strong>Monstre</strong><br />
5. un monstre, une chose dont on s&#8217;effraye.<br />
6. par analogie et par transition du physique au moral, personne cruelle, dénaturée, ou remarquable par quelque vice poussé à l&#8217;excès.</p>
<p><strong>Monstrueux</strong><br />
4. qui excède en mal tout ce qu’on peut concevoir.<br />
5. qui choque les règles du goût. Qui choque la raison.
</p></blockquote>
<p><a href="http://francois.gannaz.free.fr/Littre/accueil.php"><em>Littré</em></a><br />
<br/></p>
<p>Bien banal de revenir à des définitions. Mais il le faut, revenir au sens des mots, leur accorder de l&#8217;importance, n&#8217;avoir aucune réserve à cet égard, car la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Sensure">sensure</a> guette.</p>
<p>Notons que dans le titre du bibliobs, la présence du possessif &laquo;&nbsp;son&nbsp;&raquo;, et sa localisation hors des guillemets.</p>
<p>Sur ce blog j&#8217;essaie de ne pas défendre mais d&#8217;écrire mais il m&#8217;est arrivé plusieurs fois d&#8217;être obligé de ça, concernant la liberté d&#8217;expression, régulièrement attaquée, ce qui m&#8217;indigne, et utiliser ce mot, &laquo;&nbsp;indigner&nbsp;&raquo;, qui me semble si pauvre, montre bien pourquoi j&#8217;évite le sujet politique, car je ne sais pas en parler, toujours cette impression d&#8217;être comme Thomas, jeune, dans <em>Assez parlé d&#8217;amour</em>, d&#8217;<a href="http://www.oulipo.net/oulipiens/HLT">Hervé Le Tellier</a>, ma véhémence est en proportion de mon ignorance. Mais faut-il connaître quelque chose à quoi que ce soit pour dire:</p>
<p>Monstrueux : rétablir la peine de mort, y songer.</p>
<p>Monstrueux : expulser dans un pays en guerre des réfugiés.</p>
<p>Monstrueux : arrêter devant l’école des enfants sans papier.</p>
<p>Voilà pour ce qui peut être le plus généralement admis comme monstrueux. Pour ma part, il existe d&#8217;autres faits qui me choquent, où je vois un vice poussé à l’excès, qui m’effraye. Le &laquo;&nbsp;consensus&nbsp;&raquo; me semble toujours curieusement s&#8217;arrêter à la frontière de l&#8217;économie, du social, tant le discours dominant remplit la totalité de l&#8217;espace politique, accepté par l&#8217;espace médiatique, comme si, du reste, on ne devait pas parler. Comme s&#8217;il fallait s&#8217;en tenir à des bases communes en guise d&#8217;opposition. Sans doute sont elles nécessaires. Mais d&#8217;opposition, il n&#8217;y a pas et s&#8217;il y a elle est inaudible, rendue telle, rejetée en marge, jugée pas &laquo;&nbsp;réaliste&nbsp;&raquo; par le pouvoir et ses médias. Il y en a si peu que le pouvoir peut se permettre d&#8217;effacer tout ce qui pourrait commencer à  ressembler à de l&#8217;opposition au capitalisme, peut se permettre de balayer toute liberté restante qui pourrait encore donner naissance à un adversaire. Et les contre-pouvoirs ne sont plus là où on les attendait, le consensus pour le marché est large, s&#8217;étend à ce qui s&#8217;appelait la gauche, le socialisme.</p>
<p>Je me suis senti obligé de rejeter la ligne suivante loin des autres :</p>
<p>Monstrueux : réduire les dépenses publics de soins, d&#8217;éducation.</p>
<p>Mais peut-être aurais-je dû l&#8217;accoler ?</p>
<p>Pourquoi écrire tout ça ? La réaction de Raoult face au mot de &laquo;&nbsp;monstrueux&nbsp;&raquo; employé par Ndiaye, me semble dire quelque chose de la manière dont la droite, ou le pouvoir en général, qui peut être à gauche, réagit à la vérité, et plus particulièrement quand celle-ci et si violente, poétique, que ce mot de monstrueux, prononcé tout à côté d&#8217;une phrase de Duras et de ce que Ndiaye en explique: &laquo;&nbsp;Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d&#8217;abêtissement de la réflexion, un refus d&#8217;une différence possible&nbsp;&raquo;.</p>
<p>C&#8217;est ce que cela appelle en moi, et la réaction forte d&#8217;un de ces gens là, qui me fait réagir et écrire, sans savoir où je vais.</p>
<p>Ces ministres, leurs députés et leurs promoteurs, qui ouvrent par leurs lois et leurs directives, à la finance mondiale affamée les Etats, leurs institutions et leurs fondements, voilà quelque chose qui me semble effrayant, plein d’excès, déraisonnable. C’est le marché libre qui a faim, où la concurrence libre et non faussée prévaut sur la liberté, l’égalité, la fraternité, la république une et indivisible (&laquo;&nbsp;ou la mort&nbsp;&raquo; est-il encore écrit sur le fronton de certaines mairies). C’est cet appétit choquant qui est sans cesse rassasié même après la démonstration de la chute de ce monde – chute-illusion car elle ne touche que les plus pauvres, les plus éloignés des contrôleurs du système, alors même qu’ils les ont élus – le capitalisme n&#8217;est pas plus &laquo;&nbsp;en crise&nbsp;&raquo; aujourd&#8217;hui qu&#8217;hier. &laquo;&nbsp;Réforme nécessaire&nbsp;&raquo; après &laquo;&nbsp;réforme nécessaire&nbsp;&raquo;, les institutions auxquelles nous devrions &laquo;&nbsp;le respect&nbsp;&raquo;, et inversement sans doute, appliquent les directives et règlements d’autres institutions, Union Européenne, FMI, OMC, et toutes vont dans le sens de piller ce qui appartient aux Etats, aux populations, pour le transférer au &laquo;&nbsp;marché libre&nbsp;&raquo;, aux capitaux privés, car ceux qui sont le moins touchés par la chute de ce monde mais qui l’ont provoqué sont les moins éloignés des contrôleurs du système, et il faut nourrir leur appétit monstrueux. Elus par le plus grand nombre, ceux qui agissent rendent comptent à un très petit nombre de possesseurs de capital, qui peuvent investir, jouer, &laquo;&nbsp;perdre&nbsp;&raquo; et rejouer, et offrent restaurants, cadeaux, postes, vacances, reconnaissance à ceux qui se font passer pour les délégués du peuple. Ce qui fait nos institutions, notre Etat, pourquoi pas dire l’identité d’une nation, ce qui appartient et sert à tous et qui fait qu’en retour chacun participe pour l’ensemble, est détruit : soins gratuits, retraite, éducation pour tous, services publics de l’eau, de l’énergie, de la poste, des transports, entreprises publiques, conventions collectives… (J&#8217;en oublie.) Partout répété dès le matin au radio-réveil avant d&#8217;aller au travail ou en chercher, que cela est &laquo;&nbsp;nécessaire&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;inéluctable&nbsp;&raquo;, c’est &laquo;&nbsp;naturel&nbsp;&raquo;, le &laquo;&nbsp;meilleur système à l’exclusion de tous les autres&nbsp;&raquo;, c’est ça &laquo;&nbsp;ou&nbsp;&raquo; le communisme et ses millions de morts, c’est ça &laquo;&nbsp;ou&nbsp;&raquo; le fascisme est ses millions de morts, c’est ça &laquo;&nbsp;ou&nbsp;&raquo; Le Pen, c’est ça &laquo;&nbsp;ou&nbsp;&raquo; Laguiller, c’est ça &laquo;&nbsp;ou&nbsp;&raquo; le sang de la révolution, c’est ça &laquo;&nbsp;ou&nbsp;&raquo; pire, c’est ça &laquo;&nbsp;ou&nbsp;&raquo; la guerre, alors nous votons le couteau &laquo;&nbsp;utile&nbsp;&raquo; sous la gorge. Et s’il faut être surveillé, c’est parce que c’est nécessaire. Et s’il faut être fiché, c’est parce que c’est nécessaire. Et s’il faut, par un prétendu &laquo;&nbsp;devoir de réserve&nbsp;&raquo;, convier quelqu’un à se taire, c’est parce que c’est nécessaire. A qui profitent ces crimes ?</p>
<p>Oui, le monstre effraie, le monstre reconduit dans un pays en guerre des réfugiés, le monstre arrête des enfants sans-papiers devant l’école, le monstre réforme, le monstre sélectionne, le monstre libère la concurrence, le monstre rêve du chacun pour soi, chacun en libre concurrence avec tous les autres dans la nature, le monstre rêve de la loi du plus fort, des royaumes et des conquêtes, chaque année le monstre augmente le budget militaire.</p>
<p>Chaque année qui passe, et son gouvernement avec, depuis vingt ans, depuis trente ans, depuis quand, laisse dans son sillage un pays toujours un peu plus en retard sur le haut niveau de conscience sociale qui avait pu être atteint, sur ce que l’humanité avait peut être produit de plus généreux, de plus inattendu : le contrat social dans un monde où la liberté individuelle et d’expression existent – peut-être ce que je viens de décrire là a-t-il existé, mais c&#8217;est trop idéal et sans doute cela n’a-t-il jamais existé. Peut-être cela a-t-il simplement été possible. Peut-être cela a-t-il été tout proche. Peut-être cela était-il encore loin, mais à peu près dans cette direction. Peut-être que chaque jour qui passe cela est de moins en moins possible.</p>
<p>Je ne sais pas si ce que j&#8217;écris là est dans le sujet, ne dépasse pas quelque borne. Je ne crois pas, car il y a l&#8217;accumulation, les pions poussés petit à petit, loi après loi, réforme après réforme, déclaration après déclaration. Je pense simplement à Philippe Soupault, ce qu&#8217;il écrit en postface du <em>Grand Homme</em> (1929), dans l&#8217;édition de 1946 et qui me saisit à chaque lecture.</p>
<blockquote><p>Pourquoi déterrer les cadavres ? (…) Je crois que c’est précisément parce qu’on veut oublier que j’ai voulu rééditer l’ouvrage que j’avais écrit il y aura bientôt vingt ans. Car ces personnages dont l’existence me révolta d’abord, et ne cessa ensuite de m’inquiéter presque jusqu’à l’angoisse, ne sont morts qu’en apparence. J’ai retrouvé vivants, j’ai reconnu leurs semblables, aussi nocifs, aussi perfides, aussi hypocrites, ceux qu’on appelle les grands bourgeois. Durant quatre années terribles et immondes, ces grands bourgeois ont montré ce qu&#8217;ils aimaient et ce qu&#8217;ils souhaitaient. Ils ont cru qu&#8217;ils pouvaient impunément se vautrer dans la boue, jouir sans vergogne de leurs privilèges, s&#8217;emparer, enfin, et pour longtemps -sans risquer d&#8217;être contrôlé ou dénoncé,- de ce qu&#8217;ils appelaient des leviers de commande, en se félicitant d&#8217;assurer le pouvoir d&#8217;un Pétain, de glorifier la &laquo;&nbsp;méthode&nbsp;&raquo; et le &laquo;&nbsp;prestige&nbsp;&raquo; de Hitler, de Mussolini ou de Franco. Le nazisme et le fascisme sont, en apparence, et provisoirement du moins, anéantis, mais les grands bourgeois, en France surtout, après avoir tremblé de peur pendant quelques mois, retrouvent, en même temps que leur morgue, leurs privilèges et leur puissance. [...] Je n&#8217;avais pas osé prévoir ni annoncer ce qu&#8217;ils seraient amenés à commettre. Je les savais, pourtant, capables de tout. On ne voulait pas me croire, jadis, quand je publiais les romans où je dénonçais, avec trop de véhémence et avec trop de fureur, disait-on, les mœurs des bourgeois, leurs préjugés, leurs vices, leurs ridicules, leurs volontés criminelles, leur égoïsme et leur conformisme que je me m&#8217;efforçais moins de qualifier que d&#8217;illustrer par des exemples. </p></blockquote>
<p><center>*</center><br />
<br/><br />
Voir aussi (ajouts irréguliers) :<br />
<a href="http://towardgrace.blogspot.com/2009/11/on-en-hait-la.html">Le Clavier Cannibale II</a>.<br />
<a href="http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/1257794160/article/eric-raoult-sattaque-a-marie-ndiaye-et-invente-un-devoir-de-reserve-pour-les-prix-goncourt/">Les inrocks</a>.<br />
<a href="http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/1257963000/article/marie-ndiaye-je-persiste-et-signe/">Marie Ndiaye &laquo;&nbsp;persite et signe&nbsp;&raquo;</a>.<br />
<a href="http://www.liberation.fr/politiques/0101602597-marie-ndiaye-cette-histoire-vient-confirmer-ce-que-je-pense">Interview Libé</a>.<br />
<a href="http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/11/12/foin-de-notre-devoir-de-reserve/">République des Livres</a>.<br />
<a href="http://l-autofictif.over-blog.com/article-721-39217988.html">L&#8217;Autofictif</a>.<br />
<a href="http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article1409">La revue des ressources</a>.<br />
<a href="http://www.livreshebdo.fr/politique-du-livre/actualites/affaire-eric-raoult-goncourt--toutes-les-reactions/3705.aspx">Autres réactions</a>.<br />
<a href="http://www.berlol.net/jlr2/?p=1785">Journal LittéRéticulaire</a>.<br />
<a href="http://remue.net/spip.php?article3433">Y.S. Limet</a>.<br />
<a href="http://carnetsdejlk.hautetfort.com/archive/2009/11/10/ceux-qui-tancent-la-senegaloise.html">Carnets de Jean-Louis Kuffer</a>.<br />
<a href="http://devoirdereserve.com/">Pétition de soutien (sans réserve) à Marie Ndiaye</a>.<br />
<a href="http://www.mediapart.fr/club/blog/la-redaction-de-mediapart/181109/signez-l-appel-international-pour-antonio-tabucchi">Appel international pour Antonio Tabucchi</a>.<br />
<br/><br />
<em>Ajout du 20/11/2009:</em><br />
<a href="http://www.desordre.net/blog/?debut=2009-11-08#2317">Le Désordre fait le lien</a> entre cette affaire et <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1949">une autre</a>, que je comprends beaucoup moins bien, étant peu au fait de ces choses, mais dont je devine, <a href="http://blog.marcpautrel.com/post/2008/04/18/Suppression-de-la-direction-du-livre-et-de-la-lecture">à force de lire</a>, l&#8217;importance.<br />
<br/><br />
<em>Ajout du 16/01/2009:</em><br />
Un article de Frédérique Clémençon <a href="http://www.mediapart.fr/club/edition/nous-sommes-tous-en-reserve-de-la-republique/article/150110/tuez-le-bien-commun-et-salu">à lire sur Mediapart</a>.<br />
<br/></p>
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