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	<title>Journal Écrit &#187; Michel Volkovitch</title>
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		<title>De quatre livres lus récemment</title>
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		<pubDate>Tue, 03 Mar 2009 21:59:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures]]></category>
		<category><![CDATA[Armand Dupuy]]></category>
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		<description><![CDATA[La route, le bitume qui trace la route. Et soi, derrière le volant, de corps présent mais d&#8217;esprit ailleurs. Monologue tiré par la voiture comme un ballon qu&#8217;on y aurait attaché. Comptage des kilomètres. L&#8217;habitacle de solitude et ce discours intérieur sur 600 km. Discours à embranchements. L&#8217;indécision de l&#8217;intrigue –le narrateur est homme ou [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.joachimsene.fr/journalecrit/wp-content/uploads/2009/03/cheminees_est_parisien.jpg" alt="cheminees_est_parisien" title="cheminees_est_parisien" width="438" height="292" class="alignleft size-full wp-image-138" /></p>
<p>La route, le bitume qui trace la route. Et soi, derrière le volant, de corps présent mais d&#8217;esprit ailleurs. Monologue tiré par la voiture comme un ballon qu&#8217;on y aurait attaché. Comptage des kilomètres. L&#8217;habitacle de solitude et ce discours intérieur sur 600 km. Discours à embranchements. L&#8217;indécision de l&#8217;intrigue –le narrateur est homme ou femme ? Va-t-elle (il) rejoindre amant (maîtresse) ou mari (femme) ? – comme différents panneaux indicateurs à suivre ou pas.</p>
<blockquote><p>A rebrousser chemin, on ne peut que constater sur le compteur ce que chacun sait ; que, même en demi-tour les hectomètres se déroulent, la distance parcourue continue de s’accumuler. Preuve qu’il existe des outils de mesure de l’irréversible, et que l’erreur consomme autant que le bon sens. Il faudra penser tout à l’heure à l’essence.
</p></blockquote>
<p>- Cécile Portier, <em>Contact</em>, Déplacements/Seuil, 155 pages, 16€. Interview <a href="http://www.editionsduseuil.fr/auteur/C%E9cile%20%20Portier/12008">sur le site du Seuil</a>.</p>
<p><center>*</center></p>
<p>Des poèmes de soleil et de rocs, de feu, j’y retrouve du René Char et ça me plaît, et sans doute y a-t-il tant que je ne comprends pas mais qui donne à ces poèmes une force, une musicalité, une rareté, qui résonnent.</p>
<blockquote><p>Je pleure le soleil et pleure les années qui viennent<br />
Sans nous et je chante celles qui sont passées<br />
Si tout cela est vrai<br />
Les dialogues des corps et les barques avec douceur entrechoquées<br />
Les guitares sous les eaux éteinte et rallumées<br />
Les « crois-moi » les « non pas ça »<br />
Tantôt dans l’air, tantôt dans la musique
</p></blockquote>
<p>- Odyssèas Elytis, traduit par <a href="http://www.volkovitch.com">Michel Volkovitch</a>, in <em>Anthologie de la poésie grecque contemporaine 1945-2000</em>, Poésie/Gallimard, 372 pages, 10€.</p>
<p><center>*</center></p>
<p>Exorcisme post-révolution prolétarienne manquée, rêve ou réalité, rêve de quoi rêve de qui, anges cauchemardés, monde d’après une apocalypse nucléaire ou autre, personnages perdus, indécis, volontaires et effrayés, courageux et lâches, des Winston de <em>1984</em> encore plus paumés, encore plus menacés par un Parti omniprésent dans un monde pourtant désert aux bords de mers englués dans le pétrole. La perte de repère et le doute sur ce qui est rêve, ce qui est réalité, ce qui est perdu, tout cela est tressée jusque dans la géniale construction du recueil où l’ordre des textes parvient, plus on avance dans la lecture, à nous plonger comme au cœur du rêve d’un autre ; certains détails aussi : « entrevoûtes » sur la couverture du livre qu’on tient entre ses mains et qu’on retrouve sur la couverture d’un livre acheté par un des personnages, le nom de l’auteur « Lutz Bassman » qui apparaît dans la narration (un narrateur parfois bien étrangement focalisé). Une écriture qui montre l’absence du monde d’avant : jusqu’à l’obsession cet univers manque de ce qu’il n’y aura plus, n’y aura plus jamais – mais peut-être sommes nous déjà le rêve d’un être sous-humain de dans dix millions d’années ?– une langue à la musicalité parfois entêtante comme cette pluie qui crépite tout au long du premier texte comme peut-être un lointain écho rêvé de la didascalie d’ouverture : « tambours incessants, silence pendant le texte ». Héros qui doutent et avancent dans le noir, à tâtons, moines dévoués et soldats aguerris à la fois, militants sans cause qui agissent en vain : une définition du travail d’écrivain ?</p>
<blockquote><p>On frappe sur les murs de la cellule, sur les briques, sur les briques creuses ou sur le ciment, sur la porte, sur les montants de ciment du lit, sur les canalisations, sur le lavabo, sur la cuvette, sur la porte encore, sur la grille qui protège les barreaux, sur le rebord du lavabo, sur le rebord de la cuvette. On frappe avec les mains, avec les coudes quand les mains sont talées, avec son crâne quand trop intense est le silence entre les coups. On frappe et on s’arrête. On frappe encore et on s’arrête encore. Puis on écoute. On attend la réponse et on écoute.  On attend que vienne un nouveau bruit ou une réponse en parole. On frappe longtemps, avec régularité, pendant des heures, jusqu’à l’étourdissement. Quand vient l’étourdissement, on s’arrête, on écoute, on attend la réponse, on attend quelque chose et on écoute.
</p></blockquote>
<p>- Début de <em>Plongée</em>, troisième &laquo;&nbsp;entrevoûte&nbsp;&raquo; de <em>Avec les moines-soldats</em>, <a href="http://www.lutzbassmann.org/">Lutz Bassman</a>, <a href="http://www.editions-verdier.fr/v3/collection-littfranc-chaoid.html">Chaoïd/Verdier</a>, 240 pages, 13.50€</p>
<p><center>*</center></p>
<p>Pollock, le mot « Pollock » répété tout au long du texte, forme du mot comme la touche de pinceau rythme un tableau. Ici c&#8217;est la goutte de peinture qui devient son: « Plic P&#8217;llock plic P&#8217;llock ». Le dripping fait littérature. Pollock sa vie figée au vol, à moins que ce soit le figé envolé en instants de vie, avant l&#8217;accident, entre le pot et la toile comme une goutte qui s&#8217;envole du bout du bâton trempé dans le pot et jetée vers la toile, puis tombe. Dans cet instant entre deux – il enfile sa grolle avant, Pollock – à moins que ce soit après – après de peindre, avant l&#8217;accident ; la grolle, la peinture, le regard de Pollock vers où ? Comme un destin sur photo, figé avant, entre la grolle et l&#8217;accident, avant la peinture mais aussi après, « je ne suis pas un imposteur », l&#8217;accident prémédité, l&#8217;œuvre préméditée ? Plic P&#8217;llock, plic P&#8217;llock.</p>
<blockquote><p>Pollock s&#8217;inquiète, le soir s&#8217;avance. Autant dire que Pollock n&#8217;est déjà plus grand chose de Pollock. Pollock est penché sur la toile et pleure. Ou peut-être qu&#8217;il ne pleure pas mais s&#8217;égoutte au bout d&#8217;un bâton. Pollock lutte. Tout le Pollock en tempête. Pollock dans l&#8217;œil absent qui le voit. L&#8217;œil qui nargue et Pollock peut-être qu&#8217;il ne pense pas. Il coule. Pollock s&#8217;écoule. Pollock s&#8217;écroule dans l&#8217;évier sale de sa tête.</p></blockquote>
<p>- <em>9’32 Pollock</em>, <a href="http://tessons1.canalblog.com/">Armand Dupuy</a>, <a href="http://www.publie.net/tnc/spip.php?article204">Formes Brèves/Publie.net</a>, 78 pages, 1.30€</p>
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		<title>Ecrire des traductions</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Feb 2009 23:58:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ecritures]]></category>
		<category><![CDATA[Claro]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
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		<category><![CDATA[Michel Volkovitch]]></category>
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		<description><![CDATA[Claro, Volkovitch, le journal d&#8217;un traducteur&#8230; A chaque fois que je lis un essai sur le travail de traducteur, je me sens concerné. Bien que je ne traduise pas cela me parle et je trouve à nourrir ma propre écriture. Je comprends cette contrainte du traducteur devant la recherche du mot juste, la recherche permanente [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.joachimsene.fr/journalecrit/wp-content/uploads/2009/02/traces2_de_plantes_dans_le_beton_dscn1143.jpg" alt="traces2_de_plantes_dans_le_beton_dscn1143" title="traces2_de_plantes_dans_le_beton_dscn1143" width="438" height="292" class="alignleft size-full wp-image-93" /></p>
<p>Claro, Volkovitch, le journal d&#8217;un traducteur&#8230; A chaque fois que je lis un essai sur le travail de traducteur, je me sens concerné. Bien que je ne traduise pas cela me parle et je trouve à nourrir ma propre écriture. Je comprends cette contrainte du traducteur devant la recherche du mot juste, la recherche permanente et perdue d’avance entre ce qui sonne mieux et ce dont le sens est le plus proche de. Je lis <a href="http://www.publie.net/tnc/spip.php?article132" target="_blank"><em>Babel &#038; Blabla</em></a>, et pour Volkovitch, la musicalité de la « langue cible » est primordiale.</p>
<p>Quand Claro <a href="http://towardgrace.blogspot.com/2009/02/aux-ecrivains-la-patrie-meconnaissante.html" target="_blank">interroge</a> la place du traducteur dans le domaine délimité par la formule « littérature française », sa question appelle l’absence du traducteur dans ce groupe généralement admis comme étant des « écrivains ». C’est vrai pour toutes les langues, je ne connais le nom d&#8217;aucun traducteur anglais alors que je peux citer des dizaines d&#8217;auteurs. Si je connais des traducteurs français c&#8217;est parce que je prends le temps de lire sur les pages intérieures (ou la couverture quand c&#8217;est présent) le nom de la personne qui a traduit, qui a choisit patiemment les mots que je vais lire. Et encore je ne connais pas autant de noms de traducteurs que j’ai lu d’auteurs anglais, j’en ai oublié en route et je me rends compte que de mémoire comme ça, pour faire le test, il m’en reste peu : Christine Le Bœuf, <a href="http://www.echo62.com/actu.asp?id=2259&#038;cat=divers" target="_blank">Freddy Michalski</a>, Michel Demuth, Marianne Véron. Mais la plupart du temps le traducteur n’a pas de nom, à peine une existence. Volkovitch : « le nom du traducteur, pour certains [éditeurs], est aussi bienvenu sur la couverture qu’un Noir dans un bus pour Blancs dans l’Alabama des années 50 ». Un exemple, je lisais dans TINA (papier) la « veille » sur <em>Against the day</em> de Thomas Pynchon : pas un mot du traducteur (Claro justement). (mais <a href="http://revuetina.blogspot.com/2008/05/thomas-pynchon.html" target="_blank">en ligne</a> si)</p>
<p>Quand Volkovitch compare les différentes <em>Odyssées </em>françaises, il montre bien que traduire c&#8217;est écrire et que les lecteurs français seraient différents s&#8217;ils avaient lu d&#8217;autres livres, traduits donc, que ceux qu&#8217;ils ont lus. Les anglais qui traduisent le français nous sont inconnus, et pourtant, depuis que j&#8217;ai lu <em>Babel &#038; Blabla</em>, je ne peux m&#8217;empêcher de penser que lire <em>A void</em> de Adair est sûrement une expérience aussi intéressante que de lire <em>La disparition</em> de Perec. J&#8217;aimerais aussi lire des traductions en anglais du <em>Bateau ivre</em>, ou de <em>Voyelles</em> : le traducteur aura-t-il des descriptions différentes de ces voyelles qui, dans sa langue, sont différentes ? Peut être Michel Volkovitch l&#8217;a-t-il déjà traduit en grec ? Je pense que ce défi lui plairait. J&#8217;aimerais alors lire sa re-translation en français mot à mot ! Et en anglais, peut-on dire du E qu’il est white ? Serait-il plutôt green ? Tout ça pour dire que séparer le travail de traducteur de celui d&#8217;écrivain me paraît désormais absurde.</p>
<p>Maintenant, après avoir lu ces théories de la traduction, leurs exemples, et que je pense écriture, je me dis que la réécriture doit être comme ça, un peu de la traduction. Mais comment se traduire soi-même du français au français ? Ce que je fais, je laisse reposer mes textes. Quand je ne le fais pas, c&#8217;est catastrophique et, au bout du compte il faut bien que je laisse tranquille le texte après m’être rendu compte de mon erreur. Car il faut que je lise le texte d&#8217;un autre et cet autre qui a écrit vivait il y a six mois, un an, me ressemblait, il a bâclé son travail et je dois m’y coller. Avec le temps et l’oubli, je mets à distance. Le texte que je lis n&#8217;est plus parasité par l&#8217;intention que j&#8217;avais en écrivant. Ne reste que l&#8217;important, que je peux corriger et améliorer sans états d’âmes : les mots et leur musique.</p>
<p>Feuilleter un extrait de <a href="http://www.publie.net/tnc/spip.php?article132" target="_blank"><em>Babel &#038; Blabla</em></a> de Michel <a href="http://www.volkovitch.com" target="_blank">Volkovitch</a>.<br />
Feuilleter un extrait de <a href="http://publie.net/tnc/spip.php?article99" target="_blank"><em>Violence et traduction</em></a> de <a href="http://towardgrace.blogspot.com/" target="_blank">Claro</a>.<br />
<a href="http://journalduntraducteur.wordpress.com/" target="_blank">Le journal d’un traducteur</a></p>
<p>Le titre de cette note vient de la phrase d&#8217;Emmanuel Hocquart, cité par Claro :</p>
<blockquote><p>Emmanuel Hocquard a eu [...] cette excellente formule – et ici « formule » est à prendre au sens rimbaldien, profondément chimique : « Je ne traduis pas : j’écris des traductions. ».</p></blockquote>
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