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	<title>Journal Écrit &#187; souvenir</title>
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		<title>Paris Gare de Lyon-Saint Jean de Maurienne</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Sep 2009 08:11:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Trains]]></category>
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		<category><![CDATA[François BON]]></category>
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		<category><![CDATA[Pierre Ménard]]></category>
		<category><![CDATA[souvenir]]></category>
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		<description><![CDATA[Je me souviens d’un lac, mais c’était à la fin du trajet, presque la fin, le dernier arrêt avant le terminus en fait. Peut-être l’avant-dernier je ne sais plus. Au pied de hautes montagnes, c’était un lac immense, le train l’a longé pendant quelques secondes ou quelques minutes. Mon souvenir du train qui longe le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.joachimsene.fr/journalecrit/wp-content/uploads/2009/09/fragment_de_mur_de_briques_poncé_par_les_vagues_au_Havre_P1000106.jpg" alt="fragment_de_mur_de_briques_poncé_par_les_vagues_au_Havre_P1000106" title="fragment_de_mur_de_briques_poncé_par_les_vagues_au_Havre_P1000106" width="438" height="328" class="alignnone size-full wp-image-578" /></p>
<p>Je me souviens d’un lac, mais c’était à la fin du trajet, presque la fin, le dernier arrêt avant le terminus en fait. Peut-être l’avant-dernier je ne sais plus. Au pied de hautes montagnes, c’était un lac immense, le train l’a longé pendant quelques secondes ou quelques minutes. Mon souvenir du train qui longe le lac dure si peu de temps, une fraction de seconde. En un éclair j’ai en mémoire ce qui dura une minute, peut-être deux. Ce que sera, finalement au regard de la durée de ma vie, le voyage auprès de ce lac, une minute éclair. Il faudrait refaire le trajet, longer à nouveau le lac, voir cette barque qui dérivait avec dedans cet homme qui regardait le train. Je n’ai pas vu sa canne à pêche, mais sans doute qu’un homme seul sur une barque sur un si grand lac pêche-t-il ? Peut-être rêvait-il.</p>
<p>Au début du trajet, c’est la ville, et puis la banlieue, qui est une ville, mais qu’on nomme autrement sans savoir pourquoi. Toujours ces tags sur les murs encaissant les rails sous la ville, dans les tunnels passant sous les quartiers, sous les routes, sous d’autres tunnels, sur les plaques antibruit. Partout des lettres accolées, coloriées, des fresques de mots, des noms de personnes, des noms de lieux, peut-être d’autres mots, des visages, des paysages. Sur un pont bordé de plaques de béton je me souviens qu’une de ces fresques était signée de trois noms, j’ai oublié quels étaient ces noms.</p>
<p>Je me souviens des champs de blé après la ville. Tandis que je les regardais se dessiner jaune sur le vert campagne, avec leurs ballots ronds espacés, je me souvins de l’expression « grenier à blé de la France ». Peut-être déformée car au moment où je me la reformulai je doutai, il me sembla que c’était plutôt la Russie « grenier à blé du monde. » Le train continue de filer et laisse sur place, dans le paysage, mes souvenirs, accrochés aux ballots, aux branches, aux nuages, effilochés.</p>
<p>Plusieurs fois pendant le trajet, le train ralenti.</p>
<p>Les premières montagnes sont apparues assez vite, du moins c’est ainsi dans mon souvenir, les enfants du carré de place à côté les ont vu les premiers.  Elles sont lointaines, on les devine hautes et enneigées au sommet et dans la brume et à contre jour.</p>
<p>Il y a des tunnels. Un surtout, assez long.  Y a-t-il eut plusieurs tunnels ?</p>
<p>Quelques jours suffisent pour effacer la mémoire. Un trajet en train, sans doute ne « compte » pas. Il illustre le travail de la mémoire. Ce qu’elle garde, ce qu’elle efface, comment elle conserve, comment j’accède à ces données. Un tri perpétuel. Je me souviens du lac. Je me souviens du blé. Je me souviens des graffitis. Je me souviens des arrêts momentanés et des tunnels. Dans cet ordre, qui n’est pas celui du voyage.</p>
<p>Les montagnes se rapprochent. Nous n’approchons pas des montagnes. Une main gigantesque tire sous le train le tapis du décor.</p>
<p>Je ne saurais pas dire si j’ai vu des vaches. Je ne saurais pas dire un seul des mots lu sur les bas côtés. Je me souviens de voitures arrêtées à des passages à niveau. Je me souviens des deux jeunes filles assises en face de moi, dans le carré, et dans le carré d’à-côté, deux cousins et des deux dames qui les accompagnaient. Je ne me souviens pas m’être fait contrôler à l’aller – si, en sortant de la voiture bar.</p>
<p>Plus tard, les montagnes sont immenses, je me souviens d’avoir approché mon visage de la vitre, imperceptiblement, d’avoir levé les yeux. Ensuite je me souviens du lac. Et puis plus rien.<br />
Cette courte minute, ou ces deux minutes, au bord du lac, ce temps insignifiant au regard de toute une vie, avec dedans cet homme sur une barque qui fait quoi, je vais peut-être le retenir toute ma vie. Toujours, je pourrais revenir sur ces quelques secondes, y repenser, refaire ce court trajet en mémoire, autant de fois qu’il me plaira. L’écrire ici, écrire ce temps infime avec tous ces mots, me permettra d’y revenir, de me rappeler, de la couleur bleu électrique sombre du lac, des montagnes grises et blanches et vertes, des arbres qui, à la vitesse du train, forment un filtre vert sur l’image profonde du lac, du lac si grand qu’il repousse au loin les montagnes. Ecrire ici, si je ne suis pas seul à le lire, alors ce temps infime durera beaucoup plus longtemps que dans mon souvenir, plus longtemps qu’il ne dura lui-même, lu par d’autres, il durera dans leur souvenir, ils pourront à leur tour se souvenir du texte, et peut-être se souvenir d’être passé à côté du lac, dans la vie, ou dans ce texte.</p>
<p><br/><br/><br />
<em>Texte écrit pour <a href="http://www.marelle.cafewiki.org/index.php?Ecrit%207">l&#8217;atelier n°7</a> proposé par Pierre Ménard, sur</em> Paysage Fer <em>de François Bon</em>.<br />
<br/><br/><br />
<em>Crédit photo: P.Séné</em></p>
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		<title>Ecrire le souvenir, 2</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Jun 2009 09:52:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ecritures]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures]]></category>
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		<category><![CDATA[le grand meaulnes]]></category>
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		<description><![CDATA[Peu après, je terminai le grand Meaulnes. Des phrases aux rythmes envoûtants, des octosyllabes et des alexandrins s’y glissent. « C’est alors que, levant la tête, je la vis à deux pas de moi. Ses souliers, dans le sable, faisaient un bruit léger que j’avais confondu avec celui des gouttes d’eau de la haie. Elle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.joachimsene.fr/journalecrit/wp-content/uploads/2009/06/eolienne_dscn0805.jpg" alt="eolienne_dscn0805" title="eolienne_dscn0805" width="438" height="292" class="alignnone size-full wp-image-310" /></p>
<p><a href="http://www.joachimsene.fr/journalecrit/2009/06/03/ecrire-le-souvenir-1/" title="note précédente, Ecrire le souvenir, 1">Peu après</a>, je terminai <em>le grand Meaulnes</em>. Des phrases aux rythmes envoûtants, des octosyllabes et des alexandrins s’y glissent.</p>
<p>« <em>C’est alors que, levant la tête, je la vis à deux pas de moi. Ses souliers, dans le sable, faisaient un bruit léger que j’avais confondu avec celui des gouttes d’eau de la haie. Elle avait sur la tête et les épaules un grand fichu de laine noire, et la pluie fine poudrait sur son front ses cheveux</em>. »</p>
<p>Le début de cette apparition est très poétiquement rythmé.<br />
<em>C’est alors que, levant la tête</em> : 8<br />
<em>Je la vis à deux pas de moi</em> : 8<br />
<em>Ses souliers, dans le sable, faisaient un bruit léger</em> : 12<br />
<em>Que j’avais confondu avec</em> : 8<br />
<em>Celui des goutt(e)s d’eau de la haie </em>: 8</p>
<p>Dans ces huit dernières syllabes, le bruit de la pluie qui tombe sur les feuilles et les graviers.<br />
Et puis cette très délicate comparaison d’Yvonne à des gouttes d’eau, car elle est si fragile. Plus tôt dans le texte elle est déjà décrite plusieurs fois par ses chevilles et sa taille, si fines que près de se briser. Et, alors que la fin approche, elle est de plus en plus fragile, elle devient goutte d’eau, s’efface ainsi progressivement, d’autant que les gouttes qui tombent et qui font plus de bruit que sa personne sont celle d’une « <em>pluie fine</em> ».</p>
<p>Bien avant cela, Seurel à la recherche de son grand ami : « <em>Me voici, j’imagine, près de ce bonheur mystérieux que Meaulnes a entrevu un jour. Toute la matinée est à moi pour explorer la lisière du bois, l’endroit le plus frais et le plus caché du pays, tandis que mon grand frère aussi est parti à la découverte. C’est comme un ancien lit de ruisseau. Je passe sous les basses branches d’arbres dont je ne sais pas le nom mais qui doivent être des aulnes. J’ai sauté tout  à l’heure un échalier au bout de la sente, et je me suis trouvé dans cette grande voie d’herbe verte qui coule sous les feuilles, foulant par endroits les orties, écrasant les hautes valérianes.</em> »</p>
<p>Je trouve ce passage très fort, évocateur, audacieux, tant passe dans le style, de l’insouciance du jeune Seurel, de sa découverte naïve, mais teintée de l’expérience que retrace le narrateur adulte, rien au hasard et tout en simplicité et échos. Dans le « <em>c’est comme un ancien lit de ruisseau</em> » passe le fait que le lieu qu’il visite n’est merveilleux que dans un souvenir dont le lieu réel n’est alors jamais retrouvé par Meaulnes. Le ruisseau (le bonheur) est parti, n’en reste que la trace (souvenir, écriture). La puissante amitié qui les lie comme des frères est très simplement rendue : « <em>mon grand frère</em> ». Comment être plus simple et touchant ? Les arbres, Seurel ne les connaît pas, il les baptise « <em>aulnes</em> », comme pour nous dire que la présence de Meaulnes ici sera toujours enracinée, mais mystérieuse, innommable, contée mais rien ne pourra la faire retrouver qu’un nom écorché auquel manque un « m » ; désormais toujours quelque chose manquera. Où emmène donc cette voie pleine de mystère et de bonheur passés ? Il y foule l’ortie urticante mais guérisseuse, quant à la valériane remède de presque tout il l’écrase dans sa folle recherche. Comment ne pas voir là des signaux de ce que la suite aura de dramatique ? Rien ne guérira le souvenir, ni Yvonne. Un chant de sirène, ensuite, qui n’est pas le beau chant du rossignol qui referme la journée comme une belle histoire se termine, non, c’est le chant répétitif de ces quelques jours merveilleux passés par Meaulnes, qui n’existent que dans la mémoire, que l’on ressassera, sans jamais connaître autrement que dans le souvenir.</p>
<p>« <em>J’entends un oiseau – je m’imagine que c’est un rossignol, mais sans doute je me trompe, puisqu’ils ne chantent que le soir – un oiseau qui répète obstinément la même phrase : voix de la matinée, parole dite sous l’ombrage, invitation délicieuse au voyage entre les aulnes. Invisible, entêté, il semble m’accompagner sous la feuille.</em> » Oui, tout ce qui nous accompagne sous le texte, tout ce qui, souvenir, est présent sous le texte, comme les souvenirs sont toujours présents à nous, silencieux, sous nos gestes.<br />
<br/></p>
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		<title>Ecrire le souvenir, 1</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Jun 2009 18:02:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Pierre BERGOUNIOUX]]></category>
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		<description><![CDATA[Après avoir téléchargé les 940 volumes proposés par la Bibliothèque Electronique du Québec, après avoir terminé la mort de Brune de Pierre Bergounioux, j’ai choisi un livre à lire, et puis, j’ai écris ce qui suit. Voici, à mesure. J’ai commencé hier soir à lire Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, sans conviction, une page et sommeil. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignnone size-full wp-image-305" title="vieille_pierre_donjon_loches_dscn2323" src="http://www.joachimsene.fr/journalecrit/wp-content/uploads/2009/06/vieille_pierre_donjon_loches_dscn2323.jpg" alt="vieille_pierre_donjon_loches_dscn2323" width="438" height="292" /></p>
<p>Après avoir téléchargé <a href="http://www.ibiblio.org/beq/info.htm">les 940 volumes</a> proposés par la Bibliothèque Electronique du Québec, après avoir terminé <em>la mort de Brune</em> de Pierre Bergounioux, j’ai choisi un livre à lire, et puis, j’ai écris ce qui suit. Voici, à mesure.</p>
<p>J’ai commencé hier soir à lire <em>Le Grand Meaulnes</em> d’Alain-Fournier, sans conviction, une page et sommeil. Repris ce matin, relu le début ; j’aime l’écriture du souvenir réflexif, comme tout au long de <em>la mort de Brune</em>, ce regard posé a posteriori sur des souvenirs d’enfant, le narrateur qui refabrique les souvenirs pour mieux les montrer tout en les jugeant, parfois deux fois, aux deux âges, les décrit en leur donnant sens. Ces deux romans font remonter à la surface de mon désir d’écrire ce « roman-2 », que je considère bâclé, sans profondeur, avec des maladresses de construction, mais dont la forme générale est celle-ci : un narrateur adulte retrace son enfance. Mon problème est que je n’ai pas d’axe. J’avais vaguement la naissance à la politique, à la Cité, la route et la voiture comme lieux modernes et de solitude, mais écrit sans densité. Je ne connais pas encore le ou les axes du <em>grand Meaulnes</em>, mais pour la mort de Brune, j’ai aimé cette découverte de la ville et de l’histoire par l’architecture, la confrontation à l’art, l’art et la mort, le destin d’une vie provinciale, autant de thèmes qui me sont proches, et que je n’ai pas osé aborder dans ce roman-2.</p>
<p>Chapitre VI : « <em>L’art, pour nous, avait avec la mort, et violente, des attaches fortes, fatales. Il relevait d’une nécessité mystérieuse et lointaine, essentiellement étrangère, et par conséquent funeste à nos âmes encloses. Le volailler survécut à sa passion pour l’opéra parce qu’il ne laissa jamais sa voix empiéter sur la besogne muette qu’il exerçait six jours sur sept, dans l’ombre de la remise […]</em> »</p>
<p>Je me souviens avoir voulu, de ces pages, simplement recopier comme extrait une phrase à la construction complexe, illustrer la musicalité dans l’usage des virgules et ce qu’apporte une certaine organisation par touches de la phrase. Je voulais recopier la première phrase du passage qui suit, qui lui-même fait écho au paragraphe qui le précède, dans certains chapitre à chaque phrase on s’enfonce encore un peu plus dans le roman, n’ayant plus que cet univers comme référent, de plus en plus fort à chaque page, mais je me suis rendu compte que c’étaient pour d’autres raisons que sa complexité formelle que cette phrase, et sa suite, m’appelaient :</p>
<p>« <em>Je ne me fierais pas aux premières aversions, aux plus lointaines réticences si les termes que l’usage a consacrés et qu’on finit par trouver, avec l’âge, pour parler de ces choses, n’étaient, quand même, détresse et cruauté, perdition, homicide, fausseté. Cela semble terrible. Ça l’était moins, en l’absence du terme approprié, de la claire notion qu’il vient sceller. Peut-être vaut-il mieux éviter, au début, d’approcher trop la réalité, de s’en faire une idée bien précise. On ne pourrait plus du tout s’en accommoder. On voudrait tout casser. Or, on n’a jamais que six ou sept ans</em> »</p>
<p>Je terminai ma recopie et m’étonnai du passage choisi sans le comprendre, n’y ayant vu que la difficile musique de la première phrase, torturée, qu’on pourrait écrire plus simplement – et à cet instant, cherchant, essayant, biffant, je ne trouve pas quoi remplacer : car en fait la phrase est la plus simple qui soit pour dire ce qu’elle dit, tout simplement parce qu’elle ne peut dire cela que comme cela est écrit. Le difficile dans cette phrase était, pour moi, « <em>je ne me fierais pas</em> ». Quel sens donner à ces mots ? Là encore je pense qu’il suffit de leur donner le plus simple et évident qui soit. En lisant, en relisant, je me posais trop de question, pourquoi pas simplement penser aux courants « <em>premières impressions</em> »  et « <em>ne pas se fier aux apparences</em> », pour lire « <em>ne me fierais pas aux premières aversions</em> » ? Pourquoi avais-je ainsi brouillé l’évidence ? Aversions, impressions, lointaines, qui remontent à des décennies, à l’enfance, avant « <em>l’âge</em> ». Et puis ce passage est aussi une belle métaphore de l’écriture, inattendue, originale, qui me rapproche tout à coup de ce que j’ai pensé en écrivant ces souvenirs d’enfance de mon roman-2 : écrire à des années de distance, prendre ses impressions à travers le filtre des ans, comme dans cette définition de l’expressionisme abstrait que j’avais lu je ne sais plus où ni de qui, quelque chose disant à peu près que c’est la peinture d’impressions, de sentiments, de sensations, à plusieurs années de distance. Tout comme hier, ce n’est qu’en sortant du tunnel sous la Manche, avec la musique dans le casque, que j’ai eu l’impression de ces vacances d’il y a trois ou quatre ans. J’ai revu, M et moi, dans la voiture, roulant, musique, sur cette petite route, un pont de pierre, une rivière au bord de laquelle nous avions pique-niqué, soleil. Jours passés de bonheurs, de découvertes, avec un âge que nous n’aurons plus, mélange de mélancolie, de nostalgie, tristesse et joie ; tous ces sentiments, termes trouvés bien banals pour les décrire, et ces images, mêlées, à la sortie de ce tunnel, la musique des Strokes comme bande son, chanson d’ailleurs un peu comme tous ces sentiments, c’est à dire de mélancolie et nostalgie, et d’yeux fermés sourire qui repensent à un bon moment mais tristes un peu au fond qu’il ne reviendra pas tout en espérant sans l’espoir qu’on en retrouvera d’aussi bien. Le fait aussi qu’écrire en me voyant à la troisième personne, utiliser un souvenir pour le réinventer, le déplacer, ne me paraît possible qu’à distance d’années, le temps que viennent à l’écriture « <em>les termes que l’usage a consacrés et qu’on finit par trouver, avec l’âge pour parler de ces choses</em>. » Mais peut-on jamais trouver le « <em>terme approprié</em> » ?<br />
<br/><br/><br />
<a title="note" href="http://www.joachimsene.fr/journalecrit/2009/06/07/ecrire-le-souvenir-2/" style="font-size:8pt"><br />
Ecrire le souvenir, 2</a><br />
<br/></p>
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